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Critique de film et rencontre avec la réalisatrice

Rodéo,une premièrecascade faiteavec brio

Spoiler Alert !

Vivre à vive allure jusqu’en s’en brûler les ailes, voilà la promesse d’un premier film très amitieux. Lola Quivoron nous livre les dessous de son long-métrage.

Renard · 7 min de lecture

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Fiche du film

SynopsisJulia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…

Réalisatrice
Lola Quivoron
Nationalité
France
Distributeur
Les Films du Losange
Récompenses
1 prix et 7 nominations
Année de production
2022
Type de film
Long-métrage
Budget
1,2 M€

It’s a man’s man’s man’s world !

Il y a des histoires qui se racontent avec le bruit du cœur, d’autres avec le frémissement des moteurs, certaines conjuguent les deux pour en faire une mélodie transcendant l’image. Rodéo de Lola Quivoron nous offre une salsa mécanique enivrante. Un premier film qui ouvre le cinéma à une nouvelle génération.

La première fois que j’ai eu un frisson sur l’ondulation d’un moteur, c'était devant le film Mad Max de George Miller. J’ai ensuite mis une veste en cuir et sorti ma plus belle Harley avec Sons Of Anarchy qui m’a galvanisé devant son propos et ses personnages. Je ne suis pas quelqu’un qui est vraiment intéressé par ce monde là pourtant ces deux œuvres ont réussi à me faire rentrer dans leurs dimensions. Rodéo fait partie de ces œuvres, qui même si l’univers proposé n’est pas le vôtre, vous touchera par son histoire. Julia, le personnage féminin principal, est quelqu’un qui vit pour l’adrénaline.

La volonté du long métrage est d’exposer une histoire dans un milieu que la réalisatrice connaît de par ses expériences personnelles, pas de faire un documentaire et il ne tombe d’ailleurs jamais dans les travers de dépasser les limites que lui-même se fixe. Le film porte bien son nom, il file à une vitesse ahurissante devant vos yeux, les séquences s'enchaînent, ne laissant pas le spectateur se remettre de l’action précédente. Ce découpage séquentiel si rapide provoque une sorte d’adrénaline pour celui qui regarde. Le spectateur est en ce sens obligé de vivre à l’allure du personnage dont il contemple les aventures. C’est cette rapidité qui vous fait vous attacher à l’histoire, outre l'écriture approfondi des personnages qui donne une plus value au récit, le rythme est une composante importante dans le charme du long métrage. Le long métrage nous place dans un univers macho, en effet il n’est uniquement composé d’homme, mise à part la femme du chef de la bande, alors l’arrivé de Julia va tout chambouler.

I'm on the highway to hell !

Le film débute par un événement marquant, Julia sort de chez elle brusquement. Son frère essaye de l'arrêter, mais n’y parvient pas, alors que la caméra les suit dans leurs avancés dans le bâtiment, une autre personne se joint à eux pour essayer de stopper Julia. Malgré tout la jeune femme arrive à passer et se dirige vers une voiture. Elle fera tout pour que son conducteur la prenne et la dépose là où elle souhaite. Lors de cette première séquence beaucoup d'enjeux sont déjà posés, on y apprend en effet qu’elle s’est faite voler sa moto et qu’ils ont défoncé sa porte pour le faire. La réalisatrice pose le rythme du film dès les premières images du film, des plans très rapides et une caméra qui se concentre sur des visages. Ensuite la cinéaste nous porte à un endroit crucial pour comprendre le personnage de Julia, celle-ci va à la rencontre d’un vendeur de moto trouvé sur un site de vente entre particuliers. Cette séquence m’a pas mal intrigué sur le moment, les scènes de vols de deux-roues se répètent dans le film et elles ont toujours le même mode opératoire. Julia, femme qui se laisse aller physiquement, se prépare et se fait belle pour l’entrevue, elle examine alors la bécane et insiste pour aller l’essayer. C’est à ce moment-là qu'elle la dérobe en laissant une sacoche derrière elle comme gage de bonne foi auprès des vendeurs. Tout de suite après le vol, le film poursuit souvent avec une séquence, où Julia seul avec son nouveau joujou s’élance au grès du bitum, le vent dans les cheveux. Ces séquences ont attiré mon attention dans leurs constructions filmiques, en effet on pourrait juste penser à des scènes de vol comme on a l’habitude d’en voir, mais je ne les ai pas ressenties comme ça. Alors je me suis tourné vers sa réalisatrice pour répondre à mes questions.

Pour un flirt avec toi !

Ces scènes étaient pour moi, un moyen de comprendre en profondeur le personnage de Julia, en effet Julia se prépare, elle se maquille et se fait belle, mais c’est pas à son habitude. On pourrait croire qu’elle fait ça pour être pris au sérieux par les particuliers, mais c’est pas l’impression que j’ai eu. Alors j’ai exposé ma théorie au cerveau derrière le film. Et si Julia se faisait belle pour les motos ? Durant les scènes elle ne fait guère attention au vendeur, elle ne s’intéresse qu’au bolide, les touchant, les découvrant. J’ai vu dans cette scène une sorte de premier date, de rencontre se terminant par un flirt. Comme si chaque vol était le début d’une relation affective, comme si chaque ligne droite qu’elle parcourt avec celles-ci était un moment d’intimité qu’elles partageaient. Lola Quivoron fut surprise par mon interprétation de ces scènes, ce n’était pas quelque chose à laquelle elle avait vraiment pensé. Pourtant pour moi ces scènes dégagent une vibe à la Mad Max, en effet elles respirent l’amour pour la mécanique, la passion que les propriétaires ont pour leurs machines.Mais Julia diffère du personnage de Max, elle ne s’attache pas à une bécane en particulier car elle en a une en vue, sa moto parfaite, son défi ultime. Là où Max aura passé sa vie à améliorer sa voiture pour la rendre la plus parfaite à ses yeux possible, Julia cherche la perfection du regard et du bout des doigts. C’est en ce sens qu’elle organise un gros casse de motos, le mode opératoire change totalement et est sans rappeler les moments de gloire de Fast and Furious. Le bolide qui fait brûler toutes ses ardeurs est ce camion qu’ils doivent braquer. A vouloir aller trop vite, aller trop loin, c’est sur le dos de son “amour” qu’elle se brûlera les ailes. Cette scène m’a aussi beaucoup marqué, à l’image d’Icare elle sera consumé par son premier défaut : sa haine profonde. Je sais j’en reviens souvent à la saga de George Miller, mais ce plan m’a fait pensé à la fin du premier opus de Mad Max, le conducteur de l’interceptor laissant sa haine sur le dernier riders des “aigles de la route” signifie qu’il consume la dernière part de Max Rockatansky qu’il avait en lui. Ici Julia se fait consumer par le fantôme de sa haine sur ces lignes droite qu’elle avait tant l’habitude de prendre.

But I wouldn't change if I could restart I ain't gonna hide these beautiful scars

Durant mon entrevue avec la réalisatrice j’ai pu en apprendre un peu plus sur les dessous du film. La grande majorité des acteurs n’en sont pas de formation, ce sont des “riders” qui remplissent leurs propres rôles. Attention je ne sous entend pas qu’ils incarnent leurs propres personnages, simplement qu’ils jouent leurs passions. Et c’est exactement ça qui apporte à ce long métrage une sorte de fascination. Ici les acteurs ne sont pas formés à “rider”, ils sont simplement formés à le faire dans une caméra. Lola Quivoron nous à partager pendant la rencontre qu’ils n’avaient pas lu le scénario, qu’elle leur avait conté. Un choix assez intriguant, mais la jeune réalisatrice s’explique par le fait qu’elle souhaite qu’ils deviennent le récit, qu’ils incarnent le film. C’est dans cette perspective là que la réalisatrice prend ses captations filmiques en plan-séquence qu’elle coupe ensuite lors de la postproduction. Elle confie aussi que sur le set du film l’équipe technique est assez peu présente, le film étant tourné en 360° à l’image d’un documentaire, c’est le jeu des acteurs qui est au centre de l’action. Il y a aussi le choix du format western qui pourrait interroger le spectateur, mais Lola Quivoron répond que c’est pour la proximité avec les gens, et ça se ressent sur ce que les images dégagent. Le spectateur est pris au plus proche de la vie des personnages.

She said, "Mr. Hollywood, won't you come back soon?" (ayy, ayy)

Retenez bien la date du 7 septembre 2022, elle sera importante de l’histoire du cinéma français, c’est à cette date que deux grands films français vont sortir, Rodéo et Le visiteur du Futur dont vous pourrez trouver ma critique du film très bientôt. Cette semaine va être une bonne semaine pour aller au cinéma, entre 3000 ans à t’attendre (encore George Miller !) et Everything everywhere all at once, il fait bon d’être au cinéma.

Merci à vous d’avoir pris le temps de me lire, merci à l'american cosmographe pour m’avoir permis de voir le film en avance et merci à Lola Quivoron pour la rencontre.

C’était Renard, à bientôt.

Renard

Fan de pop culture, Renard parcourt les cinémas, les librairies et les jeux vidéos en quête de retrouver le Petit Prince qui lui a donné des étoiles dans les yeux. Il vient alors partager ses joies et ses douleurs, aux travers de ses réflexions, avec vous.

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